À la Comédie française, La Résistible Ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht

Publié le 24.04.2017
La Résistible ascension d’Arturo Ui, un acte de résistance contre toutes les formes de fascisme signé Bertolt Brecht. Jusqu'au 30 juin.

Mettre en scène La Résistible ascension d’Arturo Ui, acte de résistance contre toutes les formes de fascisme, est une idée qui a été très souvent reprise. Mais en la mettant à son répertoire en cette période de crise, la Comédie française fait œuvre salutaire, rappelant, comme l’avait voulu Bertolt Brecht dans cette pièce écrite dans l’urgence en 1941, « que le ventre de la bête immonde est encore fertile ». Et c’est, autre symbole, à une metteure en scène allemande, Katharina Thalbach, qu’elle a confié la tâche de raconter l’accession au pouvoir de l’insignifiant mais sanguinaire Arturo Ui, gangster de Chicago, dont les manœuvres pour prendre le contrôle du trust des choux fleurs sont mises en résonance avec celles employées par Hitler pour atteindre le pouvoir suprême. La mafia américaine ayant effectivement noyauté la société américaine en ce début des années 1920, les mêmes qui virent les nazis gangréner l’Allemagne.

Si Katharina Thalbach a respecté le vœu de Brecht d’utiliser l’arme de la bouffonnerie pour mener cette double narration, elle a su en moderniser et complexifier l’approche. La première scène annonce d’ailleurs ce qui va suivre : les masques tombent et la toile d’araignée, tendue en travers de la scène, évoque le patient labeur avec lequel les forces du mal étendent leur emprise et mettent en œuvre leurs réseaux. Le courage de Bertolt Brecht est de démonter les rouages du fascisme en mettant en relief les méthodes de manipulation sur lesquelles il s’appuie.

Il faut saluer ici le brio des comédiens, dont Laurent Stocker dans le rôle d’Arturo Ui, qui, épurés de tout état d’âme apparent, rendent risible une humanité à la fois puissante et fragile. Mais malgré toute cette violence, Katharina Thalbach, par la voix de son clown conteur (Bakary Sangaré) donne matière à résister : l’art ouvre la voie.

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