Comédie française : un chef d'œuvre du cinéma français adapté au théâtre

Publié le 02.04.2017
Christiane Jatahy a de l’audace. Mettre en scène à la Comédie-Française, "La Règle du jeu", le film de Jean Renoir tourné en 1939, chef d'œuvre du cinéma français. Un formidable pari… gagné ! Jusqu'au 14 juin.
© Comédie française _ Stéphane Lavoué

La metteuse en scène brésilienne, Christiane Jatahy, n’hésite pas à dérouter d’emblée le spectateur de la mythique salle Richelieu, en commençant par projeter pendant vingt six minutes un film sur grand écran déployé sur toute la largeur du rideau de scène. Une longue séquence en abyme où les acteurs n’arpentent plus les couloirs d’une luxueuse demeure en Sologne, comme le faisaient ceux de Renoir, mais les étages… de la Comédie Française elle-même.

On découvre ainsi l’envers du décor, les salles méconnues de la maison de Molière où les comédiens sont invités par un maître de cérémonie à choisir leurs costumes pour une fête mondaine. Avant de se retrouver, en chair et en os, sur la scène pour une heure cinquante de performance durant laquelle les personnages du marquis Robert de la Chesnaye (Jérémy Lopez) et de son épouse Christine (Suliane Brahim), chers à Renoir, sont ici devenus des passionnés de cinéma, maniant la caméra pour mieux filmer l’intimité de leurs invités.

Née en 1968 à Rio de Janeiro, Christiane Jatahy fait intimement dialoguer théâtre et cinéma. Qu’est-ce que le réel ? Qu’est-ce que la fiction ? Surtout, elle transpose le somptueux jeu social mis en scène par Renoir à la veille de la seconde guerre mondiale dans notre époque contemporaine : Christine, l'étrangère, jadis autrichienne, est ici devenue maghrébine.

André Jurieux (Laurent Lafitte), n’a pas, pour l’amour de Christine, traversé l’Atlantique en avion mais la Méditerranée en bateau et sauvé des migrants. Jamais le spectateur de la Comédie Française n’aura été autant sollicité : il est interpellé par les comédiens, devenant lui-même un invité de la fête jusqu’à être convié à reprendre à haute voix des refrains de Dalida ou d’Aznavour tout en levant les bras. Tout bouge, tout s’emmêle dans les vapeurs d’alcool et de fumée, dans la vacuité de la fête, et chacun est emporté par le chaos des sentiments… qui pourraient bien être annonciateur de celui d’une époque.

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