Quand l’esprit français agite la Maison rouge

Publié le 10.04.2017
Un vent de liberté souffle sur la Maison rouge à Paris jusqu’au 21 mai. À travers une soixantaine d’artistes et plus de 700 œuvres et documents, les contre-cultures françaises de 1969 à 1989 illustrent « L’esprit français » dans une exposition originale.
© Pierre et Gilles

La façade de la Maison rouge est décorée par un œuvre de Pierre et Gilles, un clin d'œil de Marie France, l'icone de l'Alcazar et du Palace. Plus loin dans l’exposition, le sourire de l’égérie du Paris des années 1970 et muse du duo d’artistessurgit d’une couverture de disque. « Je ne me quitterai jamais », peut-on lire sur la pochette du 45 tours. Un brin de nostalgie flotte dans l’exposition « L’esprit français » qui évoque l’atmosphère et les combats de deux décennies qui, courent de la fin des années 60 à celle des années 80. Les utopies sont là, dérisoires et nécessaires, persistantes.

Certaines œuvres sont provocatrices, à l’instar de cet enfant peint en 1973 par Jacques Monory qui met en joue le visiteur. La toile apparaît comme le symbole d'une époque où les enfants grandissent trop vite et où, comme les adultes, ils sont parfois victimes de la solitude. Plus loin, le Piège pour une exécution capitale (1971) de Michel Journiac nous mène à la guillotine. So french ! En contrebas, un mur entier est occupé par une série de toiles de Kiki Picasso à base de bleu, blanc, rouge où le visiteur peut lire : « Il n'y a pas de raison de laisser le bleu, blanc et le rouge à ces cons de français ».

Un « esprit français » que cette exposition ravive et bouscule apparaît critique, irrévérencieux et contestataire. Il manque tant aujourd’hui ! Journaux, tracts, affiches, extraits de films, vidéos, extraits d’émissions de télévision : toute une époque s’anime à nouveau, faisant jaillir des flots de souvenirs. L’occasion de découvrir également des pièces rarement montrées comme ces carnets du groupe Dziga Vertov (fondé par Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin), ou une sculpture monumentale de Raymonde Arcier.
« il s’agit d’éclairer des mutations culturelles mais aussi de réactiver certaines énergies au présent », expliquent les commissaires Guillaume Désanges et François Piron. Apologie d’une forme de résistance à un ordre formel des choses. Ce qui vient redonner de la diversité à une histoire de l’art français devenu un peu trop monochrome.
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